Accueil · Blog · Urbanisme & littoral
Urbanisme & littoral

Éolien en mer de Bretagne Sud : quels enjeux et quels recours pour Locmariaquer, haut lieu mégalithique du patrimoine mondial

CPCorentin Poilbout·14 août 2026·≈ 5 min de lecture

Composante majeure du bien inscrit à l'UNESCO et ouverte sur le golfe du Morbihan comme sur l'océan, la commune de Locmariaquer voit se dessiner au large un projet éolien de grande ampleur. Panorama des enjeux pour son patrimoine et son paysage, et des voies d'action ouvertes aux élus.

Un projet d'envergure au large d'une commune d'exception

Porté par RTE, le projet de raccordement des parcs éoliens flottants de Bretagne Sud constitue une infrastructure électrique mutualisée destinée à desservir environ 750 mégawatts de puissance : le parc Pennavel (près de 250 MW) et un second parc d'environ 500 MW attribué au titre de l'appel d'offres AO10. Il comprend un poste en mer, trois liaisons sous-marines puis souterraines à 225 000 volts, un atterrage à Kerhillio, sur la commune d'Erdeven, et un poste à terre à Pluvigner. Au large seront implantées une quarantaine d'éoliennes flottantes culminant de 270 à 340 mètres en bout de pale, dans une zone située à environ 19 kilomètres de Belle-Île, 29 de Groix et 33 de Quiberon.

Locmariaquer n'accueille sur son territoire aucun de ces ouvrages. Mais la commune n'en est pas moins directement concernée, à un titre singulier. Établie à l'entrée du golfe du Morbihan, tournée vers l'océan, elle abrite l'un des plus prestigieux ensembles mégalithiques du monde : le Grand Menhir brisé — dit Er Grah, réputé le plus grand menhir jamais dressé en Europe —, la Table des Marchands et ses gravures néolithiques, le tumulus du Mané er Hroëk et le dolmen des Pierres Plates, dont l'allée couverte s'ouvre face à la mer. À ce titre, Locmariaquer figure parmi les composantes majeures du bien « Sites mégalithiques de Carnac et des rives du Morbihan », inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO le 12 juillet 2025.

Ce qui est concrètement en jeu : la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien

L'inscription au patrimoine mondial repose sur une « valeur universelle exceptionnelle » dont le paysage de littoral est un attribut constitutif. Or nombre des monuments de Locmariaquer sont précisément tournés vers la mer : leur horizon maritime, largement ouvert sur le large, fait partie intégrante de leur écrin et du dialogue millénaire que ces pierres entretiennent avec l'eau et le ciel.

C'est là que la question de la covisibilité devient centrale. Des éoliennes de 270 à 340 mètres demeurent visibles très au-delà de l'horizon marin : depuis un point haut du bien, comme le tumulus Saint-Michel (44 mètres d'altitude), un objet de 300 mètres reste perceptible à plus de 80 kilomètres, la courbure de la Terre n'en masquant qu'une dizaine de mètres à près de 38 kilomètres. Autrement dit, l'éloignement du parc n'offre pas la protection que l'on pourrait croire. L'apparition d'une quarantaine de verticales industrielles sur l'horizon de sites tournés vers l'océan porterait atteinte non seulement au paysage, mais à l'intégrité même du bien inscrit — c'est-à-dire à ce qui fonde sa reconnaissance mondiale. Pour une commune dont l'attractivité touristique repose largement sur ce patrimoine, l'enjeu est aussi économique.

Il ne s'agit pas de nier que l'éolien en mer participe de la transition énergétique et de la décarbonation, objectifs légitimes. Il s'agit de veiller à ce que cette transition ne se réalise pas au prix d'un affaiblissement irréversible d'un bien que la France s'est engagée, devant la communauté internationale, à préserver.

Les leviers juridiques mobilisables

Le droit offre à cet égard des points d'appui solides. L'article L. 612-1 du code du patrimoine impose la prise en compte de la valeur universelle exceptionnelle dans le périmètre du bien et de sa zone tampon ; le Conseil d'État a jugé, le 18 avril 2025 (n° 492211), que cette exigence s'applique de plein droit — et elle est ici pleinement engagée, Locmariaquer étant partie constitutive du bien. S'y ajoutent la loi Littoral (articles L. 121-17 et L. 121-25 du code de l'urbanisme), la protection des sites classés (article L. 341-7 du code de l'environnement), la réglementation des espèces protégées (article L. 411-2 et son triple test, étant observé que la présomption de raison impérative d'intérêt public majeur prévue à l'article L. 211-2-1 du code de l'énergie n'a pas été étendue à l'éolien en mer) et l'évaluation Natura 2000 (article L. 414-4).

Un élément mérite une attention particulière : dans son avis n° 2025-124 du 18 décembre 2025, l'Autorité environnementale a jugé l'étude d'impact « partielle ». Cette appréciation ouvre un terrain d'analyse précieux. Enfin, la commune peut appeler à l'information du Comité du patrimoine mondial, au titre du paragraphe 172 des Orientations, un signalement à l'UNESCO et à son organe consultatif, l'ICOMOS, demeurant possible.

Le calendrier et les recours : agir au bon moment

Une enquête publique unique se déroule du 17 août au 28 septembre 2026, en application de l'arrêté interpréfectoral des 17 et 20 juillet 2026. Elle vaut notamment déclaration d'utilité publique — avec mise en compatibilité de six plans locaux d'urbanisme —, dérogation à la loi Littoral, autorisation au titre des sites classés, dérogation « espèces protégées », évaluation Natura 2000, défrichement et concession d'utilisation du domaine public maritime.

Ce calendrier commande la stratégie. Le contentieux de ces autorisations relève du Conseil d'État en premier et dernier ressort (article R. 311-1-1 du code de justice administrative), dans un délai de recours de deux mois ; et la désignation du lauréat, s'agissant d'un parc « réputé autorisé », n'est pas utilement contestable (Conseil d'État, 7 novembre 2025, n° 495857). C'est donc dès le stade de l'enquête et de l'autorisation environnementale que les arguments doivent être portés. Adoptée par le conseil municipal et transmise à la direction départementale des territoires et de la mer, une délibération vaut avis formel du conseil (articles R. 181-18 et R. 181-38 du code de l'environnement), recevable jusqu'à quinze jours après la clôture de l'enquête.

Cet article est publié à titre d'information générale et ne constitue pas une consultation juridique.

Diagnostic en ligne · gratuit

Urbanisme à risque : votre autorisation est-elle exposée ?

Permis, DP, permis d'aménager : évaluez le risque de recours et de mise en cause de l'élu.

Partager
Corentin Poilbout, avocat associé
Avocat associé

Corentin Poilbout

Pénal des affaires publiques et probité. Élu local depuis 2014, il défend élus, agents et collectivités face au risque pénal.

Voir le profil

Une question sur ce sujet ?

Exposez votre situation au cabinet — réponse rapide, y compris en cas d'urgence.