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Urbanisme & littoral

Éolien en mer de Bretagne Sud : paysage, covisibilité et attractivité, quels enjeux et quels recours pour la presqu'île de Quiberon

CPCorentin Poilbout·14 août 2026·≈ 4 min de lecture

Le raccordement des futurs parcs éoliens flottants de Bretagne Sud entre dans une phase décisive. Pour une station de la renommée de Quiberon, dont l'identité et l'économie reposent sur la qualité de ses horizons littoraux, l'enquête publique ouverte cet été offre une occasion à ne pas laisser passer de faire valoir ses intérêts.

Un projet régional, une presqu'île en première ligne

Porté par RTE, le projet consiste à raccorder au réseau électrique deux parcs éoliens flottants situés au large de la Bretagne Sud, pour une puissance mutualisée d'environ 750 mégawatts : le parc pilote Pennavel (environ 250 MW) et un second parc, plus vaste (environ 500 MW), attribué dans le cadre de l'appel d'offres national dit AO10. L'infrastructure de raccordement comprend un poste électrique en mer, trois liaisons sous-marines puis souterraines à 225 000 volts, un atterrage à Kerhillio, sur la commune d'Erdeven, et un poste à terre à Pluvigner. En mer, une quarantaine d'éoliennes flottantes s'élèveront à une hauteur comprise entre 270 et 340 mètres en bout de pale.

Nul ne conteste que l'éolien en mer participe de la transition énergétique et de la souveraineté électrique du pays. Mais la localisation de ces ouvrages n'est pas neutre pour le littoral morbihannais. La zone d'implantation se situe à environ 19 kilomètres de Belle-Île, 29 kilomètres de Groix et 33 kilomètres de Quiberon. À cette distance, et compte tenu de la hauteur exceptionnelle des machines, la presqu'île est directement concernée par la question de la covisibilité, alors même qu'elle n'accueille aucun de ces ouvrages sur son territoire.

Paysage, Côte Sauvage et attractivité : ce qui est en jeu

Quiberon n'est pas une commune littorale parmi d'autres. Presqu'île emblématique du Morbihan, elle vit de la beauté de ses horizons : la Côte Sauvage et ses falaises battues par l'océan, les grandes plages de la baie, le port de plaisance de Port-Haliguen, la gare maritime d'où l'on rejoint Belle-Île, Houat et Hoëdic. Thalassothérapie, tourisme balnéaire, plaisance et liaisons insulaires composent une économie tout entière adossée à la qualité du cadre de vie et à l'image d'une station tournée vers le grand large.

Or des éoliennes de 270 à 340 mètres restent visibles bien au-delà de l'horizon marin. La courbure de la Terre ne masque qu'une dizaine de mètres d'un objet de 300 mètres à près de 38 kilomètres ; à 33 kilomètres, l'essentiel de la silhouette des machines demeure perceptible, singulièrement depuis les points hauts de la presqu'île, depuis la Côte Sauvage et par temps clair. L'enjeu n'est donc pas mineur : il touche à ce que les visiteurs viennent précisément chercher — un océan ouvert, une ligne d'horizon préservée — et donc, indirectement, à l'attractivité et à l'image d'une destination dont la notoriété dépasse largement la Bretagne. Défendre le paysage de Quiberon, ce n'est pas s'opposer par principe : c'est protéger un actif économique et patrimonial de tout premier ordre.

Les leviers juridiques mobilisables

Le droit offre à une commune littorale plusieurs points d'appui solides. La loi Littoral, d'abord (articles L. 121-17 et L. 121-25 du code de l'urbanisme), protège les espaces remarquables et les paysages caractéristiques du littoral ; le dossier sollicite précisément une dérogation à ce titre, ce qui ouvre la discussion sur l'atteinte portée aux perspectives maritimes. La législation sur les sites, ensuite (article L. 341-7 du code de l'environnement), encadre les atteintes aux sites protégés — enjeu sensible pour un rivage aussi remarquable que la Côte Sauvage.

À ces fondements s'ajoute une dimension nouvelle. Le bien « Sites mégalithiques de Carnac et des rives du Morbihan » a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO le 12 juillet 2025, assorti d'une vaste zone tampon en grande partie maritime, et l'attribut « paysage de littoral » participe de sa valeur universelle exceptionnelle. Or l'article L. 612-1 du code du patrimoine impose la prise en compte de cette valeur, et le Conseil d'État a jugé, le 18 avril 2025 (n° 492211), que cette exigence s'applique de plein droit dans le périmètre du bien comme dans sa zone tampon. La covisibilité des éoliennes interroge ainsi la préservation d'un paysage marin désormais reconnu au plus haut niveau international. S'y ajoutent le régime de dérogation aux espèces protégées (article L. 411-2 du code de l'environnement, soumis à un triple test, étant observé que la présomption de raison impérative d'intérêt public majeur n'a pas été étendue à l'éolien en mer) et l'évaluation des incidences Natura 2000 (article L. 414-4). Enfin, l'Autorité environnementale, dans son avis n° 2025-124 du 18 décembre 2025, a jugé l'étude d'impact « partielle » — appréciation précieuse pour nourrir des observations circonstanciées.

Cet article est publié à titre d'information générale et ne constitue pas une consultation juridique.

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Corentin Poilbout, avocat associé
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Corentin Poilbout

Pénal des affaires publiques et probité. Élu local depuis 2014, il défend élus, agents et collectivités face au risque pénal.

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