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Pénal & probité

Les quatre zones où la probité d'une commune se joue

LBLaurent Bouilland·22 octobre 2026·≈ 5 min de lecture

L'achat public, les ressources humaines, les subventions et l'urbanisme concentrent l'essentiel des atteintes à la probité reprochées aux élus et aux agents des collectivités. Chacune de ces zones a ses gestes à risque et son infraction de référence, et deux autres, moins surveillées, méritent d'y être ajoutées.

L'achat public

Le délit de favoritisme, prévu à l'article 432-14 du code pénal, réprime le fait de procurer ou de tenter de procurer à autrui un avantage injustifié par un acte contraire aux dispositions législatives ou réglementaires ayant pour objet de garantir la liberté d'accès et l'égalité des candidats dans les marchés publics et les contrats de concession. Il est puni de deux ans d'emprisonnement et de 200 000 euros d'amende, montant pouvant être porté au double du produit de l'infraction. Sa particularité, et ce qui le rend redoutable pour un décideur public, est qu'il n'exige ni enrichissement personnel ni intention de nuire, la méconnaissance délibérée d'une règle de passation suffisant à le constituer.

Le geste le plus fréquent est le fractionnement. La valeur estimée du besoin s'apprécie, pour les fournitures et les services, en prenant en compte la valeur totale des prestations homogènes par leurs caractéristiques propres ou constituant une unité fonctionnelle, quel que soit le nombre de marchés passés. Découper une prestation pour rester sous le seuil de dispense de publicité, porté à 60 000 euros hors taxes pour les fournitures et les services depuis le 1er avril 2026, méconnaît cette règle et peut être examiné sous l'angle du favoritisme. Viennent ensuite la rédaction d'un cahier des charges taillé pour un candidat, la modification des critères en cours de procédure et la négociation conduite avec un seul soumissionnaire.

Il faut ajouter que l'annulation du marché par le juge administratif n'efface pas le délit, les deux contentieux étant indépendants, ce que nous développons dans notre article sur le favoritisme.

Les ressources humaines

La prise illégale d'intérêts, à l'article 432-12 du code pénal, vise la personne dépositaire de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public ou investie d'un mandat électif public qui prend, reçoit ou conserve un intérêt de nature à compromettre son impartialité, son indépendance ou son objectivité dans une entreprise ou une opération dont elle a, au moment de l'acte, la charge d'assurer la surveillance, l'administration, la liquidation ou le paiement. La peine est de cinq ans d'emprisonnement et de 500 000 euros d'amende, montant pouvant être porté au double du produit de l'infraction.

En matière de personnel, les scénarios tournent autour du recrutement d'un proche, de l'avancement décidé par un élu dont le conjoint est agent du service, de la commande de prestations à l'entreprise d'un parent et du départ d'un agent vers une société dont il suivait les dossiers. Le code prévoit des dérogations limitées au profit des élus des communes de petite taille, pour des opérations précisément énumérées et dans des limites de montant, ce qui ne dispense jamais le conseiller intéressé de s'abstenir. L'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales frappe en effet d'illégalité les délibérations auxquelles ont pris part des membres du conseil intéressés à l'affaire, à titre personnel ou comme mandataires, et cette illégalité se cumule avec le risque pénal sans s'y substituer.

Les subventions et les concours aux associations

Le détournement de fonds publics, à l'article 432-15 du code pénal, punit de dix ans d'emprisonnement et d'un million d'euros d'amende la personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public qui détruit, détourne ou soustrait des fonds publics ou privés, ou des effets, pièces et titres qui lui ont été remis en raison de ses fonctions. La sévérité de la peine, la plus lourde du chapitre après la corruption, s'explique par la nature de ce qui est atteint.

Le risque se noue moins dans l'octroi de la subvention que dans l'absence de contrôle de son emploi. Au-delà de 23 000 euros, une convention définissant l'objet, le montant et les conditions d'utilisation est obligatoire, et son absence suffit à fragiliser l'ensemble du concours. S'y ajoutent la subvention versée à une association dirigée par un élu de la collectivité, la mise à disposition gratuite de personnel ou de locaux qui n'est jamais valorisée, et le versement reconduit pendant des années sans compte rendu financier. Nous développons ces points dans notre article sur la sécurisation de l'octroi des subventions.

L'urbanisme

L'urbanisme est la zone où l'exposition de l'élu est la plus directe, parce que la décision est individuelle, qu'elle crée de la valeur et que les intérêts en présence sont connus de tous. Le scénario central est celui du maire ou de l'adjoint qui instruit ou signe une autorisation intéressant un bien dont lui-même, sa famille ou une société dans laquelle il détient des parts est propriétaire, ou qui participe à la délibération d'un document de planification classant son propre terrain. La prise illégale d'intérêts est alors encourue, et l'illégalité de la délibération l'est tout autant.

La bonne pratique est connue mais rarement écrite. Elle consiste à formaliser une procédure de déport, à identifier en amont les biens et les intérêts des élus susceptibles d'être concernés, à faire instruire et signer ces dossiers par un élu délégué dépourvu d'intérêt, et à conserver la trace de ce déport dans le dossier comme au procès-verbal de séance. Nous revenons sur ce mécanisme dans notre article sur l'impartialité du maire en matière de permis de construire.

Deux zones que l'on oublie

Les cadeaux et les invitations constituent la zone la plus négligée, parce que les montants paraissent dérisoires au regard des enjeux budgétaires. Elle est pourtant celle sur laquelle le guide de l'Agence française anticorruption et de l'Association des maires de France insiste, et celle où un élu se met en difficulté pour une invitation à un événement sportif acceptée du titulaire d'un marché en cours. Une politique écrite, fixant un seuil, un registre et une règle de refus, règle la question en une page.

Les délégations de service public et, plus largement, les satellites de la collectivité forment la seconde. Elle y a des représentants, des flux financiers y circulent et la gouvernance y est plus lâche que dans ses propres services. Une cartographie qui s'arrête aux frontières juridiques de la collectivité laisse de côté une part substantielle de son exposition.

Le traitement de ces zones, scénario par scénario, est l'objet de la démarche décrite sur notre page cartographie des risques.

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Corentin Poilbout, avocat associé
Avocat associé

Corentin Poilbout

Pénal des affaires publiques et probité : il défend élus, agents et collectivités face au risque pénal. Élu local depuis 2014.

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